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A la recherche de Kadath... Bienvenue aux notules kadathiennes.
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Ce numéro s’ouvre sur un important
« cahier précolombien » qui regroupe trois articles. Le
premier est consacré par Lawrence F. Athy Jr. au port de la barbe
chez les Indiens d’Amérique du Nord et du centre. Car il faut
bien constater que les Indiens n’étaient pas barbus, et qu’ils
détestaient les poils sur le visage au point de s’arracher la
maigre pilosité qui y apparaissait. Mais alors, que faut-il penser
de ces hommes barbus régulièrement présents dans l’art olmèque
et maya ?

Figurine en argile représentant un personnage barbu.
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Le deuxième article du dossier examine la
question des momies blondes et des dieux blancs du Nouveau Monde.
Ceux-ci comme celles-là ne sont pas rares, qu’il s’agisse de la
momie blonde d’un enfant découverte en Argentine et datée de 200
avant notre ère ou des dieux blancs venus de l’orient évoqués
dans de nombreuses légendes d’Amérique précolombienne. Au
passage, Demetrio Charalambous évoque d’intrigantes énigmes
telles l’art d’amollir la pierre et les écritures autochtones.

Figuration de la “déesse-oiseau” sur des vases à masque néolithique.
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Dans la troisième partie enfin, Simone
Waisbard revient, pour l’approfondir, sur les techniques secrètes
de ramollissement de la pierre ; techniques qui auraient permis
aux Incas d’ériger leurs constructions cyclopéennes avec la plus
grande facilité.
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Durant
l’époque préhistorique, plusieurs
millions de kilogrammes de cuivre natif ont, selon les calculs, été
extraits du sous-sol de la région des Grands Lacs américains. Et
James L. Guthrie de constater que ce volume est un millier de fois
plus important que la quantité retrouvée sous forme d’outils façonnés.
Se pose alors la question : où est donc passée la plus grande
partie du cuivre extrait ?

Faucon en cuivre de la culture Hopewell d’Ohio.>
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Il n’y a pas que des pyramides en Egypte :
on y trouve aussi des mégalithes ; eh oui, là aussi !
C’est plus précisément à Nabta Playa, dépression située en
plein désert de Nubie, que l’on a découvert des dizaines de mégalithes :
cercles, tumulus et alignements. Ivan Verheyden fait le point sur
ces mégalithes oubliés du Sahara, érigés là par une population
dont on ne sait pratiquement rien à l’heure actuelle.

A la découverte de Nabta Playa.
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Moïse était un Egyptien, noble de surcroît,
qui fut proscrit et dut s’enfuir d’Egypte. Cette hypothèse est
désormais admise par la plupart des chercheurs. Mais comment
expliquer qu’un prince égyptien proscrit ait emmené dans sa
fuite un groupe d’Israélites ? Pour répondre à cette
question, Jean Faucounau fait appel à deux événements à première
vue fort éloignés l’un à l’autre : la catastrophe de Théra
et la révolte du pharaon Amenmèses.

Scène du tombeau de Ramsès Ier.
LE ‘WOODHENGE’ DE STANTON DREW
A Stanton Drew dans le Somerset, à une dizaine de kilomètres au sud
de Bristol (côte ouest), se dresse le deuxième plus grand cercle
de pierres d’Angleterre après celui d’Avebury (non loin de
Stonehenge, 65 km vers l’est). L’ensemble du site est constitué
de trois cercles comportant 56 pierres au total (certaines pesant
jusqu’à 15 tonnes), les vestiges de deux avenues mégalithiques,
une pierre excentrée (sans doute ce qui reste d’un autre groupe),
et enfin un cove, probablement les ruines d’une façade de
tombe mégalithique. Le plus vaste des cercles a un diamètre de 112
mètres. En 1997, l’Ancient Monuments Laboratory de l’English
Heritage (équivalant à nos Monuments et Sites) y effectua des
mesures magnéto-métriques de routine. On disposait alors
d’appareils dotés d’une sensibilité qu’on n envisageait pas
quelques années auparavant. Le sol étant magnétisé par le champ
magnétique terrestre, la résistance mesurée sera plus basse ou
plus élevée, selon les cas, par suite de légères modifications
de terrain ; des altérations cent mille fois inférieures au
champ magnétique terrestre pouvaient maintenant être décelées
par rapport au sol environnant. C’est ainsi que des poteaux de
bois ont une résistance magnétique très faible, mais les trous
qu’ils laissent peuvent par contre livrer des anomalies magnétiques
positives. Ceci est dû au fait que des bactéries magnétotactiques
qui prolifèrent sur le bois pourrissant peuvent, à la longue,
conduire à des concentrations locales de magnétite biogénique, et
celle-ci va persister longtemps après que le bois ait dépéri. (A
noter toutefois que le remplissage des trous par de la terre ou des
dépôts de bois carbonisé aura le même résultat, auquel cas
seules des fouilles pourront trancher.)
Le
11 novembre 1997, l’archéologue en chef Geoffrey Wainwright
pouvait révéler ce que ces mesures de routine avaient mis en évidence.
D’abord, que le Grand Cercle de Stanton Drew est entouré d’un
énorme fossé, large de 5 à 7 m et d’un diamètre de 135 mètres.
Ce qui positionne le monument au sein d’un henge, au même
titre que Stonehenge et Avebury (Wiltshire) ou Brogar (Orcades). A
l’intérieur du cercle de mégalithes, de petites anomalies magnétiques
séparées (discontinues, contrairement à des fossés) révèlent
la trace de 400 à 500 trous de poteaux en chêne, d’un diamètre
de 1m et enfoncés jusqu’à 4m de profondeur, disposés en neuf
cercles concentriques ; un couloir mène au centre, où se
retrouvent encore cinq trous plus grands. Ce sont là les vestiges
d’une énorme construction, d’un diamètre de 91 mètres. Des
calculs fournissent une estimation d’au moins 8m pour la hauteur
des poteaux, ce qui leur confère un poids moyen de 5 tonnes. L’édifice
était probablement trop grand pour avoir pu être recouvert.
Le Grand Cercle mégalithique de Stanton Drew a donc été érigé
exactement à l’endroit où se dressait d’abord un cercle de
poteaux de bois, ce qu’on appelle un woodhenge. On en
connaissait jusque-là sept, tous spécifiques de la Grande-Bretagne :
les plus connus sont ceux de Durrington Walls, Overton Hills (the
Sanctuary) et Woodhenge, tous trois dans le Wiltshire voisin. Mais
Stanton Drew était deux fois plus grand que n’importe quel autre :
les poteaux y étaient plus hauts et plus nombreux. Sa construction
remonterait à -3000, à peine deux siècles après le premier
monument de bois qui fut à l’origine de Stonehenge.
L’Angleterre était une île depuis -6000, peuplée d’un million d’habitants
parmi lesquels se constituaient, depuis 1500 ans, les premières
tribus d’agriculteurs. Les cercles de bois ne seront abandonnés,
au profit des mégalithes, que vers -2500. D’aucuns pensent que la
déforestation croissante en serait la cause, mais c’est oublier
que pour transporter et hisser des mégalithes, il faut toujours
autant de bois... En définitive, de nouvelles fouilles ne sont pas
envisagées à Stanton Drew, les mesures magnétométriques ayant
suffisamment révélé ce que cachait le sous-sol et tout ce qu’il
est possible d’en tirer quant à la construction du monument.
Sur les henges, lire dans Kadath
n° 85 : “Enseignements récoltés dans les henges des
îles Britanniques.” Sur Avebury et Woodhenge, voir dans Kadath
n°4 : “Il n’y a pas que Stonehenge.”
LE ‘SEAHENGE’ DE HOLME-NEXT-THE-SEA
Un autre néologisme est venu enrichir récemment le vocabulaire archéologique :
“seahenge”, entendez par là un cercle cri bois apparu sur une
plage à marée basse. C’est en août 1998 qu’en surgit un à
Holme-next-the-Sea dans le nord du Norfolk, toujours en Angleterre
(côte est au-dessus de Norwich), émergeant de la tourbe qui le
recouvrait de moins en moins par suite de l’érosion des marées.
Au départ, le cercle avait été érigé dans un marais d’eau
douce, protégé de la mer par une barrière de dunes. Il est
constitué de 55 poteaux disposés en cercle autour de la souche
d’un chêne déraciné. Les fouilles ont permis de restituer la
procédure mise en ouvre. D’abord, le chêne fut débité de sa
partie supérieure à la hache et des trous de halage furent creusés
dans la partie inférieure du fût. Ceinturé d’une corde en
fibres de chèvrefeuille tressées, il fut halé jusqu’au marais où
l’attendait une fosse. Le tronc fut basculé dans le trou, racines
vers le haut. Il fut entouré d’un fossé ovoïde, de 6,60m de
diamètre au plus, dans lequel furent plantés les 55 poteaux en chêne.
Comme
ce seahenge était de toute manière condamné, il fut entièrement
dégagé, sous la direction de Mark Brennand, et transféré fin
1999 aux laboratoires de Flag Fen près de Peterborough, pour y être
étudié. L’application combinée du carbone-14 et de la
dendrochronologie (l’analyse des cernes du bois) sur les vestiges
aboutit à une datation absolue des deux composantes : le chêne,
lui-même vieux de 167 ans, avait été abattu au cours du printemps
de -2050 et les bois des poteaux formant le cercle débités
au printemps suivant (Nature du 2 décembre 1999). Certains
ont cru pouvoir faire remarquer que, jusqu’à la découverte de
cette souche de chêne plantée au milieu du seahenge, on
ignorait tout de l’origine de cavités retrouvées généralement
au centre des cercles de pierres mégalithiques, laissant entendre
par là que la solution était toute trouvée C’est oublier un peu
vite que, en -2050, nous nous situons déjà à l’Age du bronze et
que les cercles authentiques, qu’ils soient de pierre ou de bois,
remontent au Néolithique. Le seaheange de Holme semble plutôt
être une curiosité locale — un monument à un chêne doté d’une
identité spirituelle ?
— ou au mieux le vestige abâtardi
d’une tradition bien plus ancienne. Si celle-ci impliquait des chênes
renversés, nul ne peut le dire, mais gageons quand même qu’on en
aurait retrouvé les traces concrètes au sein des cercles de
pierres ! Et ce n’est pas la découverte, en août 2000,
d’un autre seahenge non loin du premier qui changera la
donne : il s’avère tout simplement que l’estuaire du
Humber fut, au cours de l’Age du bronze, un important centre
rituel symbolisant peut-être, par sa localisation marginale entre
terre et mer, la séparation entre le monde des morts et celui des
vivants. Pour la petite histoire, il faut ajouter que, malgré les
protestations des néo-druides contre le non-respect d’un lieu
sacré, le seahenge de Holme devait être restauré et présenté
au public. Mais... aucun musée ne se porta acquéreur, par crainte
des frais d’entretien, et donc le “monument” devait être réenfoui
non loin de son emplacement d’origine. Jusqu’à l’apparition
du second seahenge, où l’English Heritage, en application
du salutaire principe de “courage, fuyons !”, abandonna le
projet tout à fait officiellement le 25 avril 2001...
L’
‘HÉLICOPTERE’ ET AUTRES ENGINS D’ABYDOS
En 1997 parut dans une revue ufologique appelée Mufon UFO Journal
— par ailleurs considérée comme relativement sérieuse dans ces
milieux — la communication d’une certaine Dr Ruth McKinley-Hover,
membre de l’équipe. Cette psychologue et hypnothérapeute, spécialiste
des “enlèvements” par les ovnis, revenait d’Égypte avec un
lot de photos qui firent rapidement le tour du monde via le web. Les
illustrations en question étaient toutes tirées d’un groupe de
hiéroglyphes, eux-mêmes décorant l’architrave dans la salle
hypostyle du temple de Séthi Ier, à Abydos en
Haute-Egypte. Les photos de détail étaient censées montrer un hélicoptère,
un sous-marin et une forme d’aéroplane, rien que ça !
Le court texte d’accompagnement fourmille d’erreurs : 1) les
hiéroglyphes sont soi-disant vieux de 5000 ans, alors que le temple
remonte aux alentours de 1300 avant notre ère ; 2) ils
auraient été découverts récemment et demeureraient indéchiffrés,
alors qu’ils sont déjà recensés dans le compte-rendu de l’expédition
de Richard Lepsius en 1842-45 ; 3) leur découverte
aurait entraîné la fermeture du temple, le temps que les experts
les aient étudiés : mais non, des travaux de restauration
sont en cours et, de toute manière, la Haute-Egypte est toujours un
fief d’intégristes responsables des attentats contre les
touristes, ce dont le pays est victime depuis le début des années
1990.
Le consensus se fit cependant assez rapidement parmi les réactions
sollicitéespar les chasseurs de mystères anciens(dont il n’y aaucune honte à faire partie, pourvu que la démarche soit honnête
et ouverte). On notera cependant que certains égyptologues révélèrent
à cette occasion leur étroitesse d’esprit en s’empressant de dénoncer
“des hiéroglyphes modifiés numériquement”, sans se donner la
peine de les lire, ce qui leur aurait immédiatement livré la bonne
explication. Car le bout de frise en question est tout simplement ce
qu’on appelle un palimpseste, par analogie avec ces manuscrits du
Moyen Age dont on effaçait le texte pour réécrire par-dessus :
malgré tout, l’effacement n’était pas complet et des portions
demeuraient souvent encore lisibles. Ici de même. Lors de la
succession du pharaon, des hiéroglyphes originaux étaient
recouverts d’une espèce de plâtre, et de nouveaux signes gravés
dans la surface. Par suite de l’érosion
— visible nettement sur
la pierre ailleurs dans le temple —, le plâtre s’effrite et tombe
par endroits, laissant voir des inscriptions où des morceaux de
l’ancienne et de la nouvelle se chevauchent. D’où des images
parfois bizarrement modernes. Ici en l’occurrence, c’est Ramsès II
— connu pour avoir eu un bon ego — qui fit graver sa quintuple
titulature par-dessus celle de son père Séthi Ier.
L’un des titres, le “nom de nebti”, est “Celui des
Deux Epouses” suivi de la mention “qui repousse les neuf arcs
(les ennemis de l’Egypte) ”, dans le cas de Séthi Ier,
et qui fut remplacée à l’avènement de Ramsès II par “qui
repousse les neuf pays étrangers”. Et le soi-disant hélicoptère
est l’addition d’une partie de chacun des hiéroglyphes superposés
après le neuf (pdt= arcs, et h3st = pays étrangers),
desquels des portions sont de surcroît effacées par l’érosion.
Apparemment, le Dr Ruth McKinley-Hover avait été elle-même
hypnotisée, non par les extraterrestres, mais par sa propre interprétation.
Il y a suffisamment de vrais mystères à élucider en Egypte sans
qu’il faille encore en inventer.