L’Atlantide
est certainement le best-seller des mystères de
l’archéologie. Environ 25.000 ouvrages
seraient consacrés à ce sujet. Outre les
scientifiques, le sujet a tenté d’autres sphères :
ainsi la littérature. Chacun connaît « L’Atlantide »
de Pierre Benoit. Et puis, qui n’a lu et relu
l’album de bande dessinée de Jacobs. Tous
ceux qui se sont attachés à retrouver
l’Atlantide ont bien entendu tenté de
localiser le continent perdu. Et il faut dire
que l’imagination des chercheurs a été féconde,
car on a cru retrouver le mystérieux continent
un peu partout à la surface du globe. Les dernières
« terres élues » ne sont autres que
l’Antarctique… et le bassin parisien !
Nous nous limiterons ici aux 4 hypothèses
actuellement à la mode chez les atlantologues sérieux,
c’est-à-dire celles qui se basent sur des
arguments archéologiques et, d’une manière générale,
font appel aux méthodes et connaissances
scientifiques. Ces hypothèses sont : Héligoland,
Santorin, Bimini et les archipels atlantiques.
Ceux qui en ont parlé
La première vraie description — et finalement la
seule —, nous la devons à Platon (429-347 AC).
Dans 2 textes, le Timée et le Critias (ce
dernier inachevé), Platon nous raconte
l’histoire de l’Atlantide, et nous décrit les
caractéristiques principales de cette splendide
civilisation. Située au-delà des colonnes
d’Hercule, l’île Atlantide était, nous dit
Platon, plus grande que la Libye et l’Asie
réunies. De plus, de cette île, on pouvait
passer dans d’autres îles et, finalement,
atteindre le continent qui s’étend en face
d’elles. L’île avait été donnée à Poséidon, lors
du partage du monde. Le dieu aménagea son
domaine et le partagea entre ses enfants et
petits-enfants.
L’île Atlantide était composée pour moitié d’une
vaste plaine située au sud et, pour moitié, de
montagnes. La capitale, la cité royale, était
la plus vieille cité de l’empire atlante. La
civilisation atlante était brillante à tous
points de vue : puissance militaire,
puissance maritime, magnifiques cités, climat
idéal et végétation luxuriante… Mais les
rois atlantes, ne se contentant plus de leur
domination sur nombre de pays (ils étaient maîtres
de la Libye jusqu’à l’Egypte, et de
l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie),
entreprirent de nouvelles conquêtes. Ce fut
alors un gigantesque combat entre la formidable
puissance atlante et la vaillante Athènes. Un
combat qui vit la victoire des Grecs. C’est
alors que survint, 9000 ans avant le Timée, la
catastrophe qui mit fin à la civilisation
atlante : dans l’espace d’un seul jour
et d’une seule nuit néfastes, l’île
Atlantide, s’étant abîmée dans la mer,
disparut.
Cette histoire, extraordinaire mais vraie affirme le
philosophe à plusieurs reprises, avait été
recueillie par l’Athénien Solon, alors
qu’il effectuait un voyage en Egypte, vers 570
avant J.-C. C’est à Saïs, dans l’embouchure
du Nil, que Solon se lia d’amitié avec les prêtres
égyptiens, qui lui racontèrent l’histoire de
l’Atlantide. Rentré au pays, Solon transmit
le récit de l’Atlantide à un intermédiaire
que l’on croit être son frère Dropidès. Et,
par l’intermédiaire de Critias l’Ancien et
de son petit-fils Critias le Jeune, l’histoire
de l’Atlantide parvint finalement aux oreilles
de Platon, 170 ans plus tard. Platon ayant couché
par écrit l’histoire tragique de
l’Atlantide, celle-ci tomba pratiquement dans
l’oubli jusqu’à la fin du Moyen-Age. En
effet, Aristote considéra qu’il s’agissait
là d’une fiction, et personne n’aurait eu
l’audace de contredire le grand penseur.
Quelques exceptions cependant : Hérodote notamment,
qui mentionne les Atlantes parmi les peuples
d’Afrique du Nord. Mais il faut attendre le
XVIe siècle pour voir les érudits
se passionner à nouveau pour cette histoire.
Parmi tous ceux — et ils sont nombreux — qui
s’intéressent au sujet, citons à titre
d’exemple :
-
Le père jésuite Athanase Kircher (XVIIe
siècle), qui assimila aux Açores les plus
hauts sommets de l’Atlantide
-
Les Schliemann (le découvreur de Troie
d’abord, son petit-fils ensuite)
-
Paul Le Cour qui, dans la première moitié du
XXe siècle, fonda la Société
d’études atlantéennes, qui s’appellera plus
tard Atlantis.
Les
hypothèses
Nous allons maintenant examiner d’un peu plus près
les 4 théories sélectionnées et qui sont, je
le rappelle, Héligoland, Santorin, Bimini et
les archipels atlantiques.
HELIGOLAND
La
première hypothèse, nous la devons à un
pasteur autrichien, Jürgen Spanuth. Professeur
de théologie, d’histoire ancienne et d’archéologie,
Spanuth se passionne à partir de 1933 pour le
problème de l’Atlantide. Ses recherches vont
déboucher sur une théorie particulière, à
savoir : la localisation de la mythique
Atlantide de Platon au « pays de l’ambre »
des Anciens, c’est-à-dire à Héligoland, îlot
rocheux en mer du Nord, anciennement rattaché
au continent.
Le
point de départ de la théorie de Spanuth est
la découverte, en 1927, du temple de Medinet
Habou, dans l’ancienne Thèbes égyptienne. Ce
temple avait été construit entre 1200 et 1168
avant J.-C., et possédait des inscriptions et des
bas-reliefs racontant les démêlés du pharaon
avec ce qu’on a appelé les « Peuples de
la mer ». L’observation des fresques
permit à Spanuth d’assimiler les Peuples de
la mer aux peuples ayant habité l’Europe du
Nord au XIIIe siècle avant J.-C. Ils
quittèrent leurs territoires vers 1250 avant
notre ère, pour déferler sur la Méditerranée,
à la suite de catastrophes naturelles, et
furent finalement battus par les Egyptiens. Pour
Spanuth, c’est là l’origine de la légende
de l’Atlantide.
SANTORIN
La
deuxième hypothèse est la plus connue
actuellement : elle place la mythique
Atlantide à Santorin, île méridionale de
l’archipel des Cyclades. La catastrophe va
survenir en 1470 avant J.-C. : le volcan de
l’île se réveille et, à la suite d’une éruption,
fait exploser le centre de l’île, provoquant
du même coup un gigantesque raz-de-marée qui
va dévaster la Crète toute proche, détruisant
du même coup la civilisation crétoise. On
trouve des traces nombreuses de cet événement :
dans les traditions sous forme de récits de
batailles entre dieux, dans les archives égyptiennes
qui notent l’interruption des relations avec
la Crète, à Santorin enfin avec la mise au
jour d’une ville enfouie sous les cendres.
Interprétant le texte de Platon — et entre autres en
divisant par 10 toutes les données chiffrées
contenues dans le Timée
— certains archéologues
ont émis l’hypothèse que Santorin n’était
autre que l’Atlantide, et que l’explosion du
volcan était à l’origine de la légende de
la disparition de cette civilisation.
BIMINI
Bimini est une petite île de l’archipel des Bahamas,
à l’est de la Floride. C’est dans cette région
qu’Edgar Cayce, le célèbre médium et guérisseur
américain, avait prédit la résurgence de
l’Atlantide. Un événement qui devait selon
lui se produire vers 1968. Or, justement, en
1968, deux pilotes aperçoivent, du haut de leur
avion, une structure sous-marine, à quelque
distance de Bimini.
Les recherches entreprises montrent qu’il s’agit
de deux murs rectilignes de 60 m de long, faits
de larges dalles en pierre, dalles posées sur
des supports. On parle alors de « port de
l’Atlantide », ce qui déclenche une
gigantesque polémique entre « pour »
et « contre », et conduira à un gel
des recherches. On a pu toutefois dater la
structure par l’examen des particularités géologiques
locales : au moins 10.000 avant J.-C. Cette période
correspond à la date donnée par Platon. De
plus, on peut croire que les structures de Bimini furent construites par un peuple dont on
ne sait rien, sauf qu’il se rattache à
l’antique race de Cro-Magnon.
LES
ARCHIPELS ATLANTIQUES
Les archipels atlantiques dont il est question ici
sont les Açores d’une part, les Canaries
d’autre part. Et si l’on se réfère aux
indications données par Platon, c’est dans
cette région qu’il faut placer l’Atlantide.
Les Canaries furent découvertes au XVe
siècle. A cette époque y vivait un peuple très
étrange : les Guanches. Très primitifs
par certains côtés (utilisation d’outils en
pierre), les Guanches possédaient cependant une
sorte d’écriture qui fait penser aux tifinars
berbères et aux motifs décorant les mégalithes
européens.
Comme les Berbères et les Basques, ils se
rattachaient à la race de Cro-Magnon. Et
surtout, les Guanches connaissaient et
utilisaient la technique de momification, comme
les Egyptiens. Pour beaucoup d’atlantologues,
les Guanches ne sont rien d’autre que les
survivants restés sur place de la catastrophe
qui a marqué la fin de l’Atlantide. Des
Atlantes dégénérés en quelque sorte.
D’autres survivants, leurs cousins de race et
de langue, émigrèrent sur le continent, et
devinrent au fil des millénaires ceux que nous
connaissons sous les noms de Berbères, Basques
et Egyptiens.
SCENARIO
CATASTROPHE
La catastrophe qui a mis fin à la civilisation
atlante a dû avoir une origine cosmique :
les données géologiques, astronomiques, géographiques
et climatologiques permettent de reconstituer ce
qui a pu se passer.
-
Au Xe millénaire avant notre ère,
un astéroïde percute la Terre au milieu de
l’Atlantique, ébranlant le sol de l’océan.
-
Cette région est fragile car constituée
d’une chaîne de volcans en activité. Suite à
l’impact, les volcans se réveillent, et le
magma est violemment expulsé, provoquant
l’effondrement de la plaque géologique
atlantidienne ; seuls subsistent encore les
plus hauts sommets de l’île, qui constituent
actuellement l’archipel des Açores.
-
Une des conséquences de la catastrophe est
un bouleversement total du climat : entre
autres, elle provoque la fin de la dernière
glaciation.
Ce scénario n’a rien d’une hypothèse folle :
selon les calculs, une telle rencontre entre la
Terre et un objet céleste peut statistiquement
se produire tous les 10.000 ans. Le prochain
serait donc pour bientôt…