Le texte suivant a paru dans l’éditorial du numéro 60 de KADATH
(automne-hiver 1985) :
En complément à notre éditorial du numéro précédent de KADATH, nous avons voulu cette fois laisser la parole à l’un de nos lecteurs. Il n’a découvert KADATH qu’il y a quelques années, puis s’est progressivement procuré l’ensemble de la collection. L’impression qu’il en a retirée sur notre démarche, ainsi que la situation actuelle de l’archéologie fantastique telle qu’il l’analyse, nous ont parues à ce point pertinentes, que nous lui avons demandé l’autorisation de les publier telles quelles. Il est du plus grand intérêt — tant pour nous que pour le lecteur — de découvrir comment KADATH est perçu de l’extérieur, par quelqu’un qui y confronte sa propre démarche intellectuelle, objectivement et sans la moindre concertation avec nous. Ami lecteur, à vous de voir ce qu’il en est dans votre propre chef : voici les extraits les plus significatifs de cette lettre récente.
« Ce qui est très agréable pour le lecteur, c’est que le discours est direct. J’ai souvent été agacé par la suffisance de ces livres et de ces revues qui veulent donner l’impression d’avoir la science infuse. En lisant KADATH, le lecteur ressent les doutes et les interrogations du rédacteur, il s’identifie plus facilement à lui et de ce fait, il suit mieux la progression de ses recherches. C’est peut-être ce qui fait la force de la revue : le lecteur n’est pas traité en inférieur, mais en égal, il participe aux recherches (...)
En ce qui concerne plus précisément KADATH, le mouvement, voici comment j’envisage les choses. Dans les années soixante, l’inexpliqué est devenu un fait culturel. C’est un nouveau concept qui prend forme en pleine période de refonte des valeurs. Ce concept est encore balbutiant, informe. C’est une prise de conscience qui s’opère (on y revient).
Cette prise de conscience entraîne la publication d’un peu de tout et de n’importe quoi, il y a diffusion d’une idée encore vague. C’est pourquoi on peut qualifier la littérature de l’étrange qui fleurit alors de ‘structures de diffusion’ : son contenu a moins d’importance que l’idée-force qu’elle véhicule.
Entre 1973 et 1978, ces structures de diffusion s’affaiblissent, les collections d’éditeurs s’essoufflent tant elles ont exploité le sensationnel et lassé le public, beaucoup vont disparaître, nombre d’auteurs retombent dans l’oubli et plusieurs chefs de file (Bergier, Sendy, Charroux) décèdent en l’espace de quelques mois. Entre-temps, on assiste à la mise en place de structures de recherches avec la naissance de groupes comme KADATH, et la mise en route de recherches individuelles (KADATH est né en 1973. NDLR).
Les structures de recherches se mettent en place discrètement, et à la phase de diffusion succède la phase de condensation : tout ce qui était superficiel et non viable disparaît, seules demeurent les semences fertiles. Cette croissance se poursuit selon ce que j’ai baptisé la stratégie du jeu de Go.
Contrairement à ce qui se passait durant la phase de diffusion, les chercheurs parallèles ne s’opposent pas directement à la science officielle. Ils créent de nouveaux territoires, et la recherche parallèle poursuit tranquillement sa croissance sans se soucier du système établi, qui l’ignore superbement puisqu’elle ne pénètre pas sur son territoire. Ce que le système ne voit pas, c’est qu’il se trouve progressivement entouré par ces petits territoires, qui s’étendent tout autour du sien et finissent par se rejoindre.
Une fois le cercle refermé, il n’y aura plus d’échappatoire possible. La force de la recherche parallèle vient en grande partie de ce que, contrairement à ce qui se passait jadis, scientifiques et non-scientifiques coopère désormais activement. »
Présentation de KADATH dans l’introduction d’un mémoire de fin d’études, rédigé par Nathalie Heurion, à l’Institut provincial d’Etudes et de Recherches Bibliothéconomiques — Liège, 1988.
1. Préliminaires
Parmi les différents sujets de mémoire de fin d’études en bibliothéconomie, le dépouillement d’un périodique m’intéressait particulièrement. Ce genre de travail est enrichissant, car il conjugue lecture et mise en pratique des techniques acquises. J’ai choisi, comme support de ce travail, la revue « KADATH, chroniques des civilisations disparues », plus communément dénommée « KADATH ». Je connaissais ce périodique pour y avoir déjà eu recours lors de précédentes recherches. Celui-ci traite d’archéologie et des énigmes qui entourent notre passé, en passant par l’astronomie, l’anthropologie ou encore l’occultisme, pour ne citer que ces domaines. Les trente premiers numéros ayant fait l’objet d’un dépouillement antérieur, je décidai de poursuivre l’entreprise. J’ai donc analysé les trente-cinq numéros suivants.
2. Présentation du périodique
A) Caractéristiques bibliographiques
Le périodique étudié s’intitule « KADATH, chroniques des civilisations disparues », édité par KADATH SPRL (Prim’Édit), puis par KADATH ASBL (Kadath), Bruxelles. Son format est de 18x25 cm et la couverture est illustrée.
Sur la période envisagée, qui s’étend de janvier-février 1979 à l’automne 1987, on constate que celle-ci a subi quelques modifications. De janvier-février 1979 à novembre-décembre 1980, elle comportait une illustration en couleur sur fond noir. A partir du printemps 1981, fond et illustration se situent dans des tons bruns. Il faut cependant signaler une constante : la logotype propre à « KADATH » qui représente une lettre « K », sur lequel viennent se greffer les illustrations. Le travail de couverture est l’œuvre de Gérard Deuquet.
« KADATH, chroniques des civilisations disparues » est disponible, entre autres, à la Salle des Périodiques de la Bibliothèque Chiroux-Croisiers, 15, rue des Croisiers, 4000, Liège.
La fréquence des parutions n’est pas régulière. En moyenne, il sort entre trois et quatre numéros par an. De même, le nombre de pages diffère selon les numéros. Le périodique contient environ cinquante pages, sauf les cinq derniers numéros étudiés, qui en comprennent entre cinquante-six et quatre-vingt.
Toutes les illustrations internes sont en noir et blanc et les pages se divisent en deux colonnes de textes. Les articles sont publiés sous différentes rubriques, qui les replacent dans un contexte.
B) Objectifs et contenu du périodique
La revue « KADATH, chroniques des civilisations disparues » est née au printemps 1973 et continue de paraître actuellement. Son titre est inspiré de la cité des Grands Anciens, que l’on appelait « Kadath ».
Sans vouloir se prétendre scientifique, ce périodique d’archéologie tente d’apporter des éléments nouveaux sur l’histoire des hommes, d’éclaircir et de vérifier certaines hypothèses et surtout d’analyser et de critiquer toutes les théories Enoncées par différents chercheurs, chaque article envisage un sujet particulier, le sonde en profondeur et épuise l’ensemble des questions qui s’y rapportent. KADATH prend un certain recul face aux hypothèses existantes et veut se rapprocher le plus possible de la vérité.
L’esprit critique est sa principale caractéristique. Cependant, Kadath est controversé et souvent ignoré par ceux qui se conforment aux canons de la science officielle. Effectivement, personne dans l’équipe ne se prend « vraiment » au sérieux et ne prétend détenir LA clé du mystère. Le but est de vulgariser un problème, un sujet. C’est pourquoi on lui reproche de « saper la crédibilité des chercheurs qui ont suivi les filières universitaires » . Vulgarisation, peut-être, mais haute vulgarisation, car la lecture nécessite des connaissances de base importantes.
« KADATH » remet sans cesse en cause les connaissances érigées en vérités intangibles, souligne les lacunes et les faiblesses de celles-ci, et ouvre de nouvelles perspectives de discussion. Elle est pour l’évolution des idées et contre le conservatisme rigoureux. Ceci se ressent très fort à la lecture des articles, écrits dans un ton non pas léger, mais loin d’être dogmatique.
Cet état d’esprit incite certains scientifiques à en considérer les auteurs comme des « historiens parallèles » et peu convaincants. Cela tient peut-être au fait que ceux-ci ne se considèrent pas comme des détenteurs de vérité absolue, mais simplement comme des amateurs éclairés (beaucoup sont des autodidactes). Cependant, certains savants moins « obtus » que d’autres n’hésitent pas à venir frapper à la porte de « KADATH », afin d’être publiés sans censure.
La méthode de travail préconisée est rigueur et imagination, jointes à une solide indépendance d’esprit. Sans cesse, « KADATH » se pose la question « Quel critère appliquer pour évaluer le caractère scientifique d’une proposition quelconque ? » .
Le double but du périodique est d’étudier le fantastique en archéologie et rendre compte de l’évolution des idées en fonction des nouvelles découvertes. De ce fait, il se situe dans un courant d’archéologie nouvelle.
Chacun connaît ses limites et les limites de certaines opinions trop facilement érigées en systèmes. « KADATH » « défriche les terres, met en valeur les recherches réelles et réussit fort bien à busquer les faussaires » .
Le public-cible est celui qui veut sans cesse remettre en question ses connaissances et ouvrir son esprit vers d’autres horizons, moins dogmatiques.
Tout au long de ses parutions, tous ces objectifs et cette philosophie sont respectés. Les sujets abordés reviennent au fil des numéros, afin de les soumettre à de nouveaux jugements, par rapport aux nouvelles découvertes faites entre-temps.
En conclusion, « KADATH » est un périodique qui s’intéresse non seulement à une science, mais à tout ce qui s’y rapporte, sans adopter ce ton rébarbatif propre à certaines publications scientifiques.